Le quartier dans la ville


2.1 Les infrastructures
2.2 Missira

 

L'effet tâche d'huile ainsi induit par la phase initiale atteste, s'il en était besoin, qu'un quartier n'est jamais un microcosme mais une réalité vivante et dynamique et que les habitants des quartiers défavorisés ne demandent qu'à s'investir dans l'amélioration de leurs cadres de vie.

2.1 Les infrastructures:

En devenant la capitale du Soudan français, en 19O4, Bamako a commencé à bénéficier (de 1908 à 1939) d'un noyau d'infrastructures et d'équipements dont l'hôpital du Point G, un grand dispensaire et l'institut Marchoux. De nombreuses écoles primaires furent également ouvertes.

Ses multiples fonctions (commerciales, administratives, médicales, éducatives …) faisaient son attrait, tant pour les Européens que pour les Africains ; d'où l'appellation de " Perle des villes de l'Afrique Occidentale Française " que l'un des administrateurs -Maire- lui a donné dans un rapport en 1936.

Cet élan fut ralenti à partir de 1939 par l'effort de guerre qui ne pouvait aller de pair avec les investissements urbains surtout dans les colonies.
Bamako allait changer de visage avec le Gouverneur LOUVEAU (1946-1952) qui a marqué la ville de son empreinte grâce au Fonds d'Investissement pour le Développement Economique et Social (FIDES).
De 8.734 habitants en 1915, la population de Bamako a atteint 130.000 personnes en 1960, au moment de l'accession du Mali à l'indépendance et à 189.000 en 1968, soit un taux d'accroissement annuel de 4,5%.
Ce peuplement se traduit dans l'espace par la densification des quartiers existants et la naissance de nouveaux quartiers, lotis et spontanés.
Les quartiers de Bamako qui étaient au nombre de 8 à la fin des années 50 ont atteint le chiffre de 69 à la fin des années 90.

La ville aura grossi de 61.000 habitants sous le régime socialiste. Ce rythme n'est rien à côté de l'explosion démographique qu'elle allait enregistrer avec l'avènement du régime militaire. La population a augmenté de 230.239 habitants de 1968 à 1976 en raison, d'une part, de la liberté de circulation entre les campagnes et les villes que le régime socialiste avait limité et qui fut rétablie et, d'autre part, du fait de la précarité des conditions de vie en milieu rural qui fut exacerbée par la sécheresse qui a sévie de 1970 à 1973.

Les autorités de la Deuxième République ont procédé à de nouveaux lotissements pendant que voyaient le jour d'autres quartiers dits spontanés qui échappent au contrôle des pouvoirs publics. En réalité, les facteurs de distorsion du développement économique urbain sont ceux-là mêmes qui, dans une large mesure, ont entravé l'industrialisation du Mali. Ils sont d'ordre géographique (enclavement), climatique (sécheresse) et économique (productivité agricole dépendante des aléas climatiques et axés sur l'exportation de quelques matières premières). Des choix politiques peu judicieux ainsi que la mauvaise gestion ont aggravé cette situation. Les mesures de redressement économique qui furent imposées au Mali, dans les années 80, ont contribué à la dégradation de l'état des villes et plus spécifiquement de Bamako. La situation allait encore une fois se détériorer davantage du fait de la sécheresse de 1985 mais aussi de l'effondrement du prix du coton, principale source de devises du pays en 1986.

A la faveur de la dévaluation de 1994 les exportations du Mali ont contribué au redressement de la balance commerciale. Ce résultat est acquis au détriment du pouvoir d'achat des plus pauvres dont les ménages. Ils ont été particulièrement vulnérables, en tant que salariés, dépendants ou petits commerçants, des conséquences de la dévaluation ainsi que des restrictions budgétaires dans les secteurs de l'éducation, de la santé, de l'eau et de l'assainissement.
En résumé, l'état actuel de la ville de Bamako dont celui de Missira s'explique par une urbanisation mal maîtrisée en raison de :
  • la poussée démographique
  • la sous-industrialisation
  • l'extraversion économique
  • le désengagement de l'Etat et la compression de l'emploi dans le cadre des programmes d'ajustement structurel
  • la centralisation des ressources et des décisions et la mauvaise gestion.

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2.2- Missira

Missira qui abrite quelques 2.500 habitants et qui est situé en commune II est l'un des 69 quartiers du District de Bamako. Il est limité au Nord par la colline de Koulouba (au flanc duquel se situe le marché de Médine), à l'Est par le Champs hippique, au Sud par la route nationale de Koulikoro et à l'Ouest par le grand canal d'évacuation des eaux usées.
Par le passé la topographie du quartier et les infrastructures dont il est doté favorisaient le drainage naturel des eaux de surface. Les canaux d'évacuation construits lors du lotissement du quartier, à la fin des années 40 ( canaux secondaires dans l'axe Nord-Sud et tertiaires dans le sens Est-Ouest) conduisaient également eaux usées et eaux pluviales vers le collecteur. Les services d'hygiène qui relevaient du pouvoir public assuraient régulièrement la désinfection, l'assainissement et parfois l'entretien et le suivi de l'état des infrastructures.
Cette situation s'est progressivement détériorée avec le temps, faute d'entretien et du fait de la pression démographique dans un contexte de crise économique qui persiste. A présent, certains caniveaux ont complètement disparu. Les moellons secs qui recouvrent leurs parois ont cédé sous l'effet de l'érosion. D'autres ont un niveau d'ensablement de l'ordre de 60 à 80%.

Ces infrastructures longent des maisons, généralement couvertes de tôles, qui sont tantôt en terre, tantôt en parpaing. La plupart d'entre elles ont été construites vers la fin des années 40 et dans les années 50. Elles manquent souvent d'entretien faute de moyens mais aussi parce que les locataires, qui sont nombreux que les propriétaires ne se sentent pas toujours concernés.
Les concessions sont équipées de puits, de latrines, de fosses sceptiques et de puisards. Du fait de l'exiguïté de la plupart d'entre elles, les puisards sont dans la rue. Ces équipements obsolètes sont source de pollution de la nappe phréatique.

L'insalubrité qui découle de cette situation se traduit généralement par la stagnation des eaux sales, la prolifération des déchets dont les produits de curage, la non-couverture des caniveaux qui servent parfois de déversoirs d'eaux sales et d'ordures ménagères, la prolifération des mouches et des moustiques et par conséquent la propagation des maladies dont le paludisme.

Au plan social le taux de chômage est élevé. La grande majorité des actifs opèrent dans l'économie non formelle. Le désœuvrement, le dénuement matériel et la pauvreté qui sont visibles résultent d'un processus d'urbanisation dont les grandes lignes méritent d'être rappelées.

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